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Petite enfance...


LA MATERNITE
ET LA PETITE ENFANCE

Extrait du texte publié dans Histoire Antique de Janvier/Février 2009.
La maternité vient de maternitas, de mater, qui signifie « mère ». Elle représentait le fait même de le devenir, mais désignait aussi la période où celle-ci s'occupait de son infans. Le terme infantia signifiait « incapacité de parler, sans qualité oratoire », car l'enfant était en effet celui qui ne savait pas s'exprimer. Il acquérait seulement un langage logique BAILLS, N., « Statut et place de l'enfant dans la société romaine », GOUREVITCH D. (sdd) Maternité et petite enfance en Gaule romaine, Cedarc, sl., 2005, p. 60 à partir de sept ans, âge où il passait à une autre étape de sa vie, la pueritia. C'était le moment pour lui d'aller à l'école et de suivre son père - s'il s'agissait d'un garçon - ou d'apprendre à gérer un foyer - s'il s'agissait d'une fille.
La notion de maternité incluait également le rôle du père. Celui-ci intervenait moins, mais ses décisions étaient très importantes : il décidait d'avoir des enfants, avait le droit de vie ou de mort sur eux, et pouvait soit les reconnaître, soit les faire exposer ou les tuer.
Les sources littéraires et archéologiques
La principale source écrite sur reste le De arte morbisque mulierum de Soranos d'Ephèse. Il s'agit d'un traité de gynécologie, l'un des documents les plus sensés de l'époque antique, qui permettait entre autres de former les sages-femmes.
G. Coulon précise toutefois que les Gallo-romaines qui pratiquaient cette activité étaient peu présentes dans les sources, et que seules quelques épigraphies, parfois lacunaires, attestaient finalement de leur existence - au nombre d'une quarantaine pour l'ensemble de l'empire.
Il est néanmoins possible de se reporter aux enseignements des statues, des bas-reliefs, des ex-voto, de la numismatique, … pour compléter l'étude de la question.
LA MATERNITE

La grossesse était suivie, dans le meilleur des cas, par une sage-femme ou obstetrix. Il s'agissait avant tout d'une affaire de femme : mère, sœur, belle-mère, voisine ayant déjà eu des enfants … entouraient la femme enceinte. Le médecin - quand il y en avait un - n'intervenait qu'en cas de mise en danger de la vie de la mère.
Le jour de l'accouchement, c'est son père - et non son mari - qui allait chercher l'accoucheuse. Une fois sur place, la sage-femme faisait asseoir la parturiente sur un siège obstétrical (en osier ou en bois, d'où l'absence de trace archéologique). Si l'accouchement durait trop longtemps, il était de règle de refaire allonger la femme enceinte.
L'accouchement étant un moment redouté, les femmes se tournaient vers de nombreuses divinités, telles que :
· Nona, Decima, Parca/Partula, déesses (Fata) de l'enfantement au neuvième ou dixième mois Aulu-Gelle, Noctaes Atticae, III, 16, 10 ; Tertullien, De anima, 37.
· Antevorta, Pro(r)sa, Postvorta , qui déterminaient la position de l'enfant au moment de l'expulsion Aulu-Gelle, Noctaes Atticae, XVI, 16, 4
· Lucina, déesse qui présidait à l'accouchement en admettant le fœtus à la lumière du jour St Augustin, De civitate Dei, IV, 11 ;21 ;34.
N.B. : La durée de la grossesse n'était pas bien déterminée. Ainsi, en fonction des auteurs, la durée de la grossesse pouvait durer de 8 à 11 mois.
Certains ex-voto les mentionnaient, comme par exemple celui retrouvé à Pouilly en Montagne/ Haedui (Côte d'Or), Gaule Lyonnaise (CIL, XIII, 2832) :
Minervae
[divae Lucinae]
[Pacatae] Vol[…] L]eti[a]
ex voto suscepto | A minerve,
à la déesse Lucina,
à Pacata [...],
a déposé cet ex-voto |
LA RECONNAISSANCE DE L'ENFANT
La levana était un cérémonial qui tirerait son nom d'une divinité éponyme - levatio signifie l'action de soulever. En effet, l'enfant né était posé au sol, aux pieds de son père par la sage-femme. Elle annonçait alors le sexe et l'éventuel handicap (visible) de l'enfant SORANOS, Maladie de Femmes, II, 10, p. 16. Deux choix s'offraient alors au père : soit il soulevait l'enfant en guise de reconnaissance, soit il le laissait à terre en signe d'abandon, voire de mise à mort BELMONT, N., « Levana ou comment "élever" les enfants », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 1973,28e année, p. 77. L'enfant, par ce rituel, passait sous l'autorité du paterfamilias, le chef de famille. J. Gaudemet ajoute que le fait de prendre l'enfant dans ses bras associait le nouveau-né au culte familial : on parlait alors de tollere puerum GAUDEMET, Jean, Droit privé romain, collection Domat droit privé, Paris 1998, [2000].p. 60 .
LES MARQUES D'INTEGRATION DE L'ENFANT
Une fois passé le rituel de l'accouchement et de la reconnaissance paternelle, la mère et l'enfant ne rejoignaient pas tout de suite le groupe familial pour la présentation. La mortalité étant très élevée lors des premiers jours, il fallait avant tout les ménager. Les parents pouvaient par la suite organiser le Dies Lustricus, le jour lustral, qui visait à purifier toutes les personnes qui avaient participé à l'accouchement, ainsi que le nouveau-né. On lui donnait à cette occasion un nom, afin de marquer son entrée dans la communauté.
L'enfant - garçon ou fille - de naissance libre se voyait attribuer une bulla (une bulle) en or pour les plus riches (bulla aurea), symbole de la prouesse militaire et de la virilité, qu'il portait autour du cou et qui était sensée le protéger. Les affranchis et les plus pauvres pouvaient eux-aussi offrir une bulla à leur enfant, mais celle-ci était de matière moins noble (en cuir par exemple, il s'agissait de la bulla scortea) LAMBOLEY, J-L., Lexique d'histoire et de civilisation romaine, Ellipses, Paris, 1995. Plutarque évoquait une autre amulette qui s'apparentait à la lune, la lunule PLUTARQUE, Etiologies romaines, 101, p. 167-168. On pouvait également donner à l'enfant une clochette, souvent en bronze, dont le son avait la réputation d'éloigner les fantômes et les démons malfaisants.
LES PREMIERS SOINS PRODIGUES A L'ENFANT

Le bain :
L'enfant, à sa naissance, devait être lavé afin de le débarrasser des résidus tel le vernix aujourd'hui deux à trois jours se passent avant de donner le premier bain, sorte d'enduit graisseux qui se colle à la peau du fœtus vers la fin de la gestation. Certains médecin comme Soranos, préconisaient un bain au sel pour le nouveau-né dès sa naissance : « Il ne faut pas employer trop de sel, car, comme il est fort irritant, il ronge la complexion encore flasque et très peu résistante du nouveau-né ; mais en employer trop peu, en revanche, ne raffermit pas suffisamment la surface du corps. On admet avec raison que, vu la délicatesse du nouveau-né, le sel doit être coupé de miel, d'huile […] » SORANOS, M.d.F., II, 12, p. 18-19.
L'emmaillotement :
Son but était de façonner l'enfant, de corriger d'éventuelles malformations, de le protéger froid et d'éviter qu'il ne se blesse.
La sage-femme commençait par emmailloter les membres supérieurs, en partant des doigts jusqu'à l'épaule, puis s'occupait du thorax : « le bandage sera serré uniformément pour les garçons, mais serrera plus au niveau des mamelles chez les filles, en relâchant la partie qui couvre les reins, car la conformation qu'on obtient ainsi est particulièrement convenable chez les femmes Ibid., II, 15, p. 22». De là, elle pouvait emmailloter les jambes, en partant des orteils jusqu'aux hanches. « C'est alors qu'on enveloppera entièrement le nouveau-né d'une bande large »
L'archéologie a également révélé, dans les sépultures d'enfants, des anneaux, généralement en fer (ou en alliage cuivreux), au niveau de la poitrine. Selon G. Coulon, ces anneaux pouvaient servir de prise : la mère passait son doigt dans l'anneau pour soulever l'enfant, tandis que l'autre main elle soutenait la tête COULON, G., L'Enfant en Gaule romaine, p. 47. L'anneau aurait également pu servir à fixer l'enfant au mur - pratique attestée au XIXe siècle SCHNAPPER, B., « Le temps des poupards (le bébé au XIXe siècle) » dans DELAISI DE PARSEVAL, G., BIGEARGEAL, J. (sdd.), « Objectif Bébé. Une nouvelle science : la Bébologie », Autrement revue, n°72 (sept. 1985), Paris, 1985, p. 84-96.

L'allaitement :

Après une diète justifiée par Soranos, le bébé pouvait enfin être nourri, allaité soit par sa mère, soit par une nourrice. Damastes (médecin grec du IIe s. av. J.-C.) préconisait la consommation du colostrum par l'enfant (premier lait sécrété par la mère) contrairement à Soranos. Ce dernier tolérait l'usage d'une nourrice, permettant d'éviter le vieillissement prématuré de la mère, trop fatiguée de ses couches, et allait jusqu'à dire que l'enfant élevé au sein d'une nourrice était plus résistant qu'un autre. Il précisait de même que la tétée avait pour vocation de nourrir l'enfant et non de calmer ses pleurs.
Il existe de nombreuses traces archéologiques de biberons et de tire-lait attestant cette pratique, alors qu'à l'inverse, le gynécologue ne les évoquait jamais, si ce n'est une tétine artificielle SORANOS, M.d.F.. II, 46, p. 56 dans le cadre du sevrage de l'enfant, considérant sûrement que seul valait le sein d'une mère ou d'une nourrice.
L'abandon du maillot :
« Certain le font aux alentours du quarantième jour, la plupart vers le soixantième, d'autres fixent une date plus éloignée encore. Quant à nous, comme nous pensons que l'emmaillotage sert à raffermir le corps et à empêcher les malformations, nous conseillons d'enlever les bandelettes au moment où le corps est d'ores et déjà moyennement ferme et où il n'y a plus à craindre qu'une de ses parties se déforme : ce moment est plus rapproché pour des enfants dont le corps a une constitution robuste, il tarde plus longtemps chez ceux dont le tempérament est faible SORANOS, M.d.F., II, 42, p. 53 ».
Etant donné qu'être gaucher dans l'antiquité s'avérait être de mauvais augures - de sinistra en latin, la main gauche était considérée comme celle du vol - il fallait organiser l'abandon de l'emmaillotement méthodiquement, de manière à ce que l'enfant devienne droitier (c'est-à-dire libérer la main droite quelques jours avant la gauche)
Les premières dents :
La pousse des dents, on le sait, est un moment difficile pour l'enfant. Très tôt, les médecins ont cherché des solutions pour apaiser les douleurs et les fièvres. Pour faire baisser cette dernière, les médecins prescrivaient notamment des bains chauds. Soranos (Ier siècle), quant à lui, préconisait des massage des gencives, dès le cinquième mois, à l'aide d'un doigt enduit de graisse de poule ou de cervelle de lièvre. Il proposait de donner à l'enfant un morceau de gras assez gros (pour qu'il ne l'avale pas) afin qu'il puisse en sucer le jus, qui assouplissait les gencives SORANOS, op.cit., II, 49, p. 58-59. Oribase, au IVe siècle, proposait de donner à l'enfant une racine d'iris bouillie ORIBASE, Œuvres d'Oribase, III, p. 190. L'enfant pouvait alors mordre la racine, afin de soulager sa douleur, comme le font les anneaux de dentition de nos jours.
Illustrations :
*Scène d'accouchement sur le monument funéraire de la sage-femme Scribonia Attica. Il s'agit d'un bas-relief trouvé à Ostie (Italie)
* Emmaillotement d'un nourrisson, Dessin R. Kitabgi (Textile-Arts).D'après D. Alexandre-Bidon et M. Closson, L'enfant à l'ombre des cathédrales, Lyon, 1985
* La position pour donner le bain in SORANOS, Maladies des Femmes, II, p. 133
* Principe d'utilisation du tire-lait ; Dessin de N. Rouquet; Maternité et petite enfance dans l'Antiquité romaine (CEDARC)
Bibliographie sommaire:
Soranos d'Ephèse, Maladies des Femmes, trad. P. Burguière et D. Gourevitch, Y. Malinas, 4 tomes, Les Belles Lettres, Paris, 1983, réed. 1990
ORIBASE, Œuvres d'Oribase, tome I-VI, trad. Bussemaker, Ch. Daremberg, Imprimerie Nationale, Paris 1851-1976.
GALIEN, Galeni opera omnia, trad. Car. Cnoblochii, édition de C. G. Kühn, Leipzig 1821 – 1833
COULON, Gérard, L'Enfant en Gaule romaine, Errance, Paris[1994] 2004.
GOUREVITCH, Danielle, Le mal d'être femme. La femme et la médecine dans la Rome antique, Paris, 1984.
Ivlia Pieris / Viaromana
BAILLS, N., « Statut et place de l'enfant dans la société romaine », GOUREVITCH D. (sdd) Maternité et petite enfance en Gaule romaine, Cedarc, sl., 2005, p. 60
Aulu-Gelle, Noctaes Atticae, III, 16, 10 ; Tertullien, De anima, 37
Aulu-Gelle, Noctaes Atticae, XVI, 16, 4
St Augustin, De civitate Dei, IV, 11 ;21 ;34
SORANOS, Maladie de Femmes, II, 10, p. 16
BELMONT, N., « Levana ou comment "élever" les enfants », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 1973,28e année, p. 77
GAUDEMET, Jean, Droit privé romain, collection Domat droit privé, Paris 1998, [2000].p. 60
LAMBOLEY, J-L., Lexique d'histoire et de civilisation romaine, Ellipses, Paris, 1995
PLUTARQUE, Etiologies romaines, 101, p. 167-168
aujourd'hui deux à trois jours se passent avant de donner le premier bain
SORANOS, M.d.F., II, 12, p. 18-19
Ibid., II, 15, p. 22
COULON, G., L'Enfant en Gaule romaine, p. 47
SCHNAPPER, B., « Le temps des poupards (le bébé au XIXe siècle) » dans DELAISI DE PARSEVAL, G., BIGEARGEAL, J. (sdd.), « Objectif Bébé. Une nouvelle science : la Bébologie », Autrement revue, n°72 (sept. 1985), Paris, 1985, p. 84-96
SORANOS, M.d.F.. II, 46, p. 56
SORANOS, M.d.F., II, 42, p. 53
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